Conseil municipal du 8 décembre – Intervention de Nesrine Rezzag Bara
Monsieur le Maire,
Chers collègues,
Il existe des décisions qui, derrière leur apparente simplicité, engagent profondément notre vision de la société.
Nommer une rue, ce n’est pas seulement apposer un panneau : c’est inscrire dans la ville un fragment de notre mémoire collective. L’espace public n’est jamais neutre. Il raconte l’histoire de celles et ceux que nous choisissons d’honorer, et il dit beaucoup de ce que nous transmettons aux générations à venir.
Aujourd’hui encore, en 2025, la France ne compte que 13,3 % de voies portant le nom d’une femme. Ce chiffre n’est pas un détail : il témoigne d’une reconnaissance tardive, incomplète, trop souvent négligée. Et Nanterre n’échappe pas à ce déséquilibre. Sur notre territoire, 45 % des voies portent un nom masculin, contre seulement 9 % rendant hommage à une femme.
Ce déséquilibre n’est pas anecdotique. Il révèle une réalité historique : pendant des siècles, la contribution des femmes à la culture, à la science, à la liberté, au progrès, a été reléguée à l’arrière-plan. Notre toponymie le reflète encore aujourd’hui.
La délibération que nous présentons est donc un acte politique clair, un acte de cohérence avec les valeurs dont nous nous réclamons. Elle dit une chose simple : l’invisibilisation des femmes n’est plus acceptable. Elle affirme que la mémoire collective doit être partagée, équilibrée, fidèle à la richesse réelle de notre histoire. A faire de Nanterre une ville qui assume de réparer, de corriger, de rééquilibrer – non à coup de symboles creux, mais à travers des choix déterminés.
Avec cette décision, nous proposons d’honorer trois femmes dont les noms sont porteurs de sens, des noms qui incarnent des combats, des idéaux, des résistances. Trois femmes qui symbolisent ce que nous voulons pour notre ville.
- Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix, militante écologiste infatigable, figure d’un combat mêlant justice climatique et sociale, dignité humaine, défense de la démocratie.
- Léo Wasse, sportive pionnière, engagée, symbole de dépassement, de liberté, d’émancipation.
- Nina Simone, artiste immense, voix indomptable des droits civiques, incarnation de la résistance à l’injustice et à toutes les formes d’oppression.
Trois femmes. Trois trajectoires. Trois manières, différentes mais convergentes, de dire que l’égalité n’est pas un concept abstrait, mais une réalité que l’on construit dans nos choix, dans nos politiques publiques, dans la façon même dont nous nommons nos rues.
Oui, cela commence peut-être par une plaque. Mais ce n’est jamais “juste” une plaque.
C’est un symbole et les symboles façonnent les imaginaires.
C’est un message et les messages orientent les consciences.
C’est un repère dans la ville et les repères urbains deviennent des repères dans nos vies.
En féminisant nos voies, nous n’effaçons rien : nous complétons.
Nous ne réécrivons pas l’histoire : nous la rendons juste.
Nous ne faisons pas un geste isolé : nous posons une pierre de plus dans une politique municipale qui place l’égalité, la mémoire, la justice sociale, la diversité au cœur de son projet.
Notre rôle, c’est d’affirmer la ville que nous voulons léguer.
Une ville fidèle à ses valeurs : de justice, d’égalité, de diversité, d’émancipation.
Une ville prête à regarder son passé en face, à en tirer les leçons, et à faire mieux pour son avenir.
Pas à pas, rue après rue, nous bâtissons une ville qui reflète réellement celles et ceux qui la composent.
Une ville où l’égalité n’est pas une intention, mais une réalité qui se lit à chaque coin de rue.